Nous voilà donc en Suisse
romande ! On commence au pied du Jura, entre les eaux turquoise du lac de
Neuchâtel et la frontière française. C’est ici que le noble peuple des
Neuchâtelois cultive ses vignes, fabrique ses montres et se tape mutuellement
sur la tronche, le tout richement arrosé d’Œil-de-Perdrix, un blanc local que
les indigènes sucent presque avec le lait de leur Terre-Mère.
Topo. Par ici, la vie tourne autour de Neuchâtel – la capitale, située sur le littoral lacustre, le Bas du canton – et de La Chaux-de-Fonds, ville horlogère dans le Haut à 1'000 m d'altitude. Dans l'imaginaire collectif romand, ceux du Bas sont beaux, intellos et haïs. Ceux du Haut, laids, pauvres et heureux. Pour se consoler de sa triste réputation, tout Chaux-de-Fonnier qui se respecte vous informera que sa ville est la troisième plus grande de Suisse romande. Garde à vous, car au moindre doute de votre part, il vous battra à mort avec le dernier annuaire statistique.
La main du fisc frappe
durement les uns et les autres, car effectivement, pour les impôts, le canton
de Neuchâtel détient depuis des années la palme du vainqueur à l’échelle
nationale. Et, curieusement, malgré ces coups de bambou annuels, il se retrouve
régulièrement parmi les plus déficitaires, aussi. La magie des chiffres !
« Nous sommes tous comme
les maillons d’une chaîne dans le grand cycle de la vie… » Si ma
génération a grandi imprégnée de ces paroles, ô combien profondes, du sage
Mufasa du « Roi lion » disneyien, les Neuch, eux, n’ont pas retenu la
leçon. Car les tribus du Haut et du Bas se livrent régulièrement bataille,
surtout pour des projets d’infrastructures où les ambitions cachées embrasent
les cœurs et déchaînent les passions. Une espèce de « Game of Thrones »
maison. Utile quand les habitants fauchés ne peuvent pas s’abonner à HBO.
Neuchâtel. Créée autour de l'an mil, bordée par des vignes et caressée par les flots du lac, la capitale cantonale est peuplée par des étudiants, des artistes, des chômeurs et des touristes. Et des Portugais, aussi, seules créatures dotées de sens de l'humour dans l'écosystème. Elle est connue pour sa Collégiale, son Château et le bourg médiéval qui l'entoure. Jusqu'en 1848, c'était la demeure des Prussiens.
Neuchâtel. Créée autour de l'an mil, bordée par des vignes et caressée par les flots du lac, la capitale cantonale est peuplée par des étudiants, des artistes, des chômeurs et des touristes. Et des Portugais, aussi, seules créatures dotées de sens de l'humour dans l'écosystème. Elle est connue pour sa Collégiale, son Château et le bourg médiéval qui l'entoure. Jusqu'en 1848, c'était la demeure des Prussiens.
Grâce aux édifices construits
en pierre d’Hauterive, le centre-ville a une belle couleur de sable. Dans son
labyrinthe des ruelles pavées, pentues et étroites, on se croirait par moments
dans une bourgade italienne. Parmi mes découvertes personnelles préférées, la
rue des Chavannes, fermée à la circulation, dont le trottoir est un long
tableau de graphisme urbain. Elle débouche sur l’avenue de la Gare où se trouve
le Muséum d’histoire naturelle.
A l’entrée nord de Neuchâtel
se trouve le Laténium, musée archéologique consacré à la civilisation lacustre
des tribus qui habitaient la région 500 ans av. J.-C. Les ados adorent, non pas
pour les artéfacts qu’on y trouve – qu’on se le dise, à part les Natels, rien n’a
changé depuis – mais parce que cela vous permet de courber les bancs de l’école
une fois par année en toute légalité. Une autre fierté de la ville jouxte ce
temple de l’ennui, à savoir le stade de la Maladière appartenant au club de
football Neuchâtel Xamax.
Le Neuchâtelois de Neuchâtel
s’habille à la mode, fait de l’uni pour mieux toucher le social après, s’amuse
à corriger le français des autres et hait viscéralement La Chaux-de-Fonds. Plus
tard, il se marie avec une Portugaise ou Italienne, passe toutes ses fins de
semaine au lac, peste contre les frontaliers, vote à gauche et reproche au
Grand Conseil de ne pas être assez à droite. Il passera sa retraite à lire
l’Express en contemplant la vue des Alpes dans l’intervalle entre deux épisodes
de purée de pois.
La Chaux-de-Fonds. Appelée « métropole horlogère » et située à 1'000 m d’altitude, elle fait partie des villes les plus hautes d’Europe. Pour Karl Marx, c’est une « ville-manufacture » avec ses ateliers et immeubles d’ouvriers bien rangés dans une toile de rues qui se coupent à angle droit. Un plan urbain sobre exécuté après l’incendie de 1794 que certains rapprochent – entendez-vous bien – à l’architecture de New-York, sans doute pour se faire mousser. En 2009, ce spectaculaire manque de fantaisie est reconnu par l’UNESCO qui fait figurer La Chaux-de-Fonds et son satellite Le Locle sur la liste du patrimoine mondial. Bien joué !
Au prime abord, le caractère industriel de la ville peut faire peur – mais La Chaux-de-Fonds se rattrape par son atmosphère détendue et conviviale, tout en conservant les avantages d’une grande ville. Les commerces côtoient les bureaux cantonaux, tout est près, mais il suffit de quelques minutes pour s’extraire de la ville et respirer l’air frais du Jura. Le soir, rien de mieux que de sortir voir un film dans l’un des deux cinémas du centre-ville, puis aller boire des verres en bonne compagnie dans l’un des bars avenue Léopold-Robert.
La Chaux-de-Fonds. Appelée « métropole horlogère » et située à 1'000 m d’altitude, elle fait partie des villes les plus hautes d’Europe. Pour Karl Marx, c’est une « ville-manufacture » avec ses ateliers et immeubles d’ouvriers bien rangés dans une toile de rues qui se coupent à angle droit. Un plan urbain sobre exécuté après l’incendie de 1794 que certains rapprochent – entendez-vous bien – à l’architecture de New-York, sans doute pour se faire mousser. En 2009, ce spectaculaire manque de fantaisie est reconnu par l’UNESCO qui fait figurer La Chaux-de-Fonds et son satellite Le Locle sur la liste du patrimoine mondial. Bien joué !
Au prime abord, le caractère industriel de la ville peut faire peur – mais La Chaux-de-Fonds se rattrape par son atmosphère détendue et conviviale, tout en conservant les avantages d’une grande ville. Les commerces côtoient les bureaux cantonaux, tout est près, mais il suffit de quelques minutes pour s’extraire de la ville et respirer l’air frais du Jura. Le soir, rien de mieux que de sortir voir un film dans l’un des deux cinémas du centre-ville, puis aller boire des verres en bonne compagnie dans l’un des bars avenue Léopold-Robert.
Chaque première semaine du
mois d’août, la ville abrite la Plage des Six Pompes, un grand festival
international des arts de la rue. L’idée de base fut d’ « amener la plage
à ceux qui ne peuvent pas s’y rendre », assez logique vu que les
Chaux-de-Fonniers sont déjà assez plumés par le fisc pour se permettre des
vacances au soleil. Une autre richesse autochtone est le collectif d’éditeurs
Plonk et Replonk, connu pour ses graphismes vintage relevés d’une délicieuse
touche d’absurde à l’helvétique. Tout étranger de passage en ville se doit de
repartir avec quelques cartes postales de leur cru dans la poche !
Le Chaux-de-Fonnier prend la vie à la cool, apprécie la bonne chère, aime sa patrie
et remercie Dieu chaque jour de ne pas être né au Locle. Il fait un
apprentissage, se marie avec une Chaux-de-Fonnière et loue les loyers bas de la
ville. Plus tard, il fera de longs voyages – ben oui, jusqu’à Lausanne
Môssieu ! – puis reviendra chez lui pour passer ses après-midi à lire l’Impartial sur une terrasse de café. Tout heureux de savoir que si le monde finit
dans un monstre brasier, La Chaux-de-Fonds sera sans doute la dernière à
apprendre la nouvelle.
Le Locle. Une espèce de purgatoire du canton de Neuchâtel. « Si un vendredi soir tu croises un jeune dans les rues du Locle, fais un vœu », disent certains. Mais ce n’est pas encore le tiers-monde et les rues sont carrossables, contrairement à certains villages du Val-de-Ruz ou du Val-de-Travers.
Histoire et symboles. Les méchantes langues disent que les Neuchâtelois ont pompé leur drapeau vert-blanc-rouge sur les Italiens. Pan sur le bec, car le tricolore flottait au sommet des édifices cantonaux treize ans avec qu’il soit choisi comme symbole national par l’Italie unifiée. Le vert symbolise les pâturages ou les sapins du Jura, en gros la nature, tout le monde s’accorde. Pour le blanc et le rouge, les historiens hésitent entre une piste gastronomique – les champs qui blanchissent pour la moisson et le Pinot noir – et une plus sublime. Or, le blanc rappellerait que la révolution qui garantit l’indépendance du canton se fit sans effusion de sang. La croix blanche sur fond rouge serait le symbole de ralliement des républicains. Comme on ne le saura probablement jamais, adoptez l’interprétation qui vous ouvre plus appétit.
Le Locle. Une espèce de purgatoire du canton de Neuchâtel. « Si un vendredi soir tu croises un jeune dans les rues du Locle, fais un vœu », disent certains. Mais ce n’est pas encore le tiers-monde et les rues sont carrossables, contrairement à certains villages du Val-de-Ruz ou du Val-de-Travers.
Histoire et symboles. Les méchantes langues disent que les Neuchâtelois ont pompé leur drapeau vert-blanc-rouge sur les Italiens. Pan sur le bec, car le tricolore flottait au sommet des édifices cantonaux treize ans avec qu’il soit choisi comme symbole national par l’Italie unifiée. Le vert symbolise les pâturages ou les sapins du Jura, en gros la nature, tout le monde s’accorde. Pour le blanc et le rouge, les historiens hésitent entre une piste gastronomique – les champs qui blanchissent pour la moisson et le Pinot noir – et une plus sublime. Or, le blanc rappellerait que la révolution qui garantit l’indépendance du canton se fit sans effusion de sang. La croix blanche sur fond rouge serait le symbole de ralliement des républicains. Comme on ne le saura probablement jamais, adoptez l’interprétation qui vous ouvre plus appétit.
Même s’il rejoint la
Confédération en 1814, en bon avant-dernier, Neuchâtel est une principauté et doit
payer des émoluments à son suzerain, le roi de Prusse. Mais le gus habite loin,
ne fait pas grand-chose et coûte cher, et dans ces conditions, même un Suisse
finit par se fâcher. Ainsi le 1er mars 1848, inspirés par la révolte
parisienne contre Louis-Philippe, les habitants du Haut se mobilisent, descendent
sur la capitale et s’emparent du Château. Neuchâtel devient une république. Il
faudra attendre encore huit ans pour que son nouveau statut soit
universellement reconnu. Mais le fameux 1er mars est commémoré
chaque année, ce qui fait un jour férié de plus pour les Neuneuch. Le prince,
lui, fut remplacé par le fisc qui y met du zèle pour presser les portefeuilles
des contribuables jusqu’au dernier sou. Et la boucle est bouclée.
Trombinoscope des célébrités. Non content de son Pinot noir et de son Œil-de-Perdrix, le canton de Neuchâtel s'est doté d'autres célébrités en chair et en os.
Trombinoscope des célébrités. Non content de son Pinot noir et de son Œil-de-Perdrix, le canton de Neuchâtel s'est doté d'autres célébrités en chair et en os.
Commençons par Guillaume Farel, l’un des héros de la
Réforme. Il naît en 1489 dans un petit village près de Gap, dans les Alpes
françaises. Ses parents, de gros bonnets, envoient leur fiston à Paris. Berceau
d’humanisme, la ville lui permet de fréquenter quelques grands esprits, dont
Jacques Lefèvre d’Etaples, le même qui traduira la Bible en français par la
suite.
Notre brave Guillaume
commence à lire la Bible et – big surprise ! – constate que l’Eglise ne la
suit pas en tous points. Il se met alors à prêcher, taxe les prêtres de
larrons, sillonne villes et campagnes. A Genève, il prépare le terrain pour
Calvin. Finalement il s’installe à Neuchâtel qu’il voit en futur bastion de la
Réforme. Et effectivement, la ville l’adopte en 1530, plus tôt même que Genève,
appelée pourtant la Rome protestante. Parmi ses autres exploits, celui
d’épouser une fille de 18 ans, alors que lui même en a 69. C’est qui le
boss ?
De nos jours, sa statue
domine la place devant la collégiale protestante Notre-Dame de Neuchâtel, avec
ce verset de l’Epître aux Hébreux 4:12 gravé dans le socle : « La Parole de Dieu est vivante et
efficace et plus pénétrante qu’un glaive à deux tranchants. »
Un saut dans le XIXe
siècle. Nous sommes en 1878 et nous voyons la naissance de Louis Chevrolet à La Chaux-de-Fonds, futur mécanicien à la main
d’or et pilote de course. Le jeune champion se baladera pas mal toute sa vie.
Jura suisse, Beaune, Paris, Montréal, New York, Détroit. On le surnomme
« le coureur le plus casse-cou du monde ». A 33 ans, il monte la
fameuse marque automobile Chevrolet. Mais il ne concevra qu’un modèle de
voiture. Deux ans plus tard, à la suite d’une dispute avec son associé, il revend
l’entreprise et continue comme pilote de course. Il mourra dans la misère à
l’âge de 63 ans. Comme quoi il y a mieux comme carrière que de faire
broum-broum derrière le volant d’une superbe caisse.
Couleurs locales. Pour ceux qui visitent le canton, n’oubliez pas de monter au Creux-du-Van, un large cirque rocheux du Val-de-Travers. La vue est époustouflante, et si vous avez de la chance, vous pourrez observer des bouquetins. Le vallon est également connu pour l’absinthe, dont on peut retrouver parfois des bouteilles dans les trappes au-dessus des goulots des fontaines jalonnant les sentiers de randonnée.
Couleurs locales. Pour ceux qui visitent le canton, n’oubliez pas de monter au Creux-du-Van, un large cirque rocheux du Val-de-Travers. La vue est époustouflante, et si vous avez de la chance, vous pourrez observer des bouquetins. Le vallon est également connu pour l’absinthe, dont on peut retrouver parfois des bouteilles dans les trappes au-dessus des goulots des fontaines jalonnant les sentiers de randonnée.
Les linguistes seront déçus,
le patois de Neuchâtel s’est éteint il y a trois générations. Son déclin a
commencé en XVIIe siècle, quand les prétentieux de la bonne société
ont adopté le français pour leurs conversations de salon. La Réforme a
également joué en faveur du français, pour avoir promu la lecture de la Bible
en français. C’est peut-être pour cela que selon certains, les Neuchâtelois
parlent l’un des meilleurs français de Suisse romande.
De nos jours, il ne reste qu’une famille qui utilise le patois neuchâtelois, à Chambrelien. Les traces de cette langue subsistent dans les noms de lieux, comme « crô » pour corbeau dans Nid-du-Crô et « faes » pour brebis dans La Côte-aux-Fées. Le mot « clédar », qui désigne en Suisse un portail en bois qui permet aux randonneurs de traverser un pâturage, serait aussi un apport du patois.
Sources : Une partie des photos ont été faites par l'illustre Pierre Zaremba. Les autres sont de Tim.
Cliquez ici pour lire l'article de l'Express sur ce qu'on doit au patois de Neuchâtel.
De nos jours, il ne reste qu’une famille qui utilise le patois neuchâtelois, à Chambrelien. Les traces de cette langue subsistent dans les noms de lieux, comme « crô » pour corbeau dans Nid-du-Crô et « faes » pour brebis dans La Côte-aux-Fées. Le mot « clédar », qui désigne en Suisse un portail en bois qui permet aux randonneurs de traverser un pâturage, serait aussi un apport du patois.
Sources : Une partie des photos ont été faites par l'illustre Pierre Zaremba. Les autres sont de Tim.
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