Te
rappelles-tu toutes ces lettres que je t’ai envoyées
Que tu n’as
pas reçues ?
Elles
étaient tellement belles que la factrice
(Qui les a
décachetées, la garce !)
En avait le
cœur fendu
Si bien
qu’il fallait lui trouver un remplaçant.
Là-dedans, je t’ai raconté
Beaucoup de
n’importe quoi amoureux
Que tu étais
la seule et unique
(comme
toutes ces filles qui t’ont précédée)
Que je
n’arrive plus à dormir, tellement tu me manques
(et moi je
manque régulièrement – à l’appel de mon réveil)
Que je suis
malade d’amour
(et un peu
le rhume, aussi, puisque c’est février)
Que
j’attends ton appel à chaque minute
(mais mon
Natel, je le mets en mode silencieux)
Des je
t’aime – à la pelle
Des reviens-moi
– une véritable avalanche !
Des
ma-vie-n’a-plus-de-sens-sans-toi
Que
vraiment, à les en croire, je serais déjà mort
Et enterré.
Eh bien pour tout dire
Le monde n’a
pas fini ce jeudi soir-là
(à ma grande
surprise)
Le train du retour est arrivé à l’heure
Du monde en
est sorti
Du monde y
est monté
Et je suis rentré à Bienne.
Maintenant,
je vais bien
Je suis en
vacances, comparé à ce que c’était avant
Chaque jour
je me lève en face de mon oreiller
Je regarde
par la fenêtre s’il fait beau
Je me douche,
je me rase, mon miroir m’épie
Je prends
mon petit-déjeuner, tranquille
Je lis mon
journal, je sirote mon café
Je sors
travailler, je fais mes courses
Je dis
bonjour à tout le monde
Je suis
parfaitement gentil
Je cède ma
place dans le train
Je cède le
passage à tous les véhicules à ma droite
Et à tous
ceux à ma gauche, au rond-point
Je suis
productif et optimiste
Fin bref –
employé du mois, citoyen modèle
Je vais
bien, sauf peut-être pour ce souvenir
Que j’en
garde, trop à vif, mal suturé
Qui ne fait
pas joli sur les photos
C’est fou ce
qu’on devient intéressant, du coup
Et ce qu’on
économise de l’argent
Quand on n’a
plus personne à qui offrir des fleurs
Bien à toi, T.
(avis au
facteur qui aura ouvert cette lettre –
je suis
scandalisé par ces pratiques ! c’est privé, j’ai payé
le timbre, faites donc votre boulot et trouvez le destinataire. merci.)
écouté pendant la rédaction
écouté pendant la rédaction
